Billet Urbain

Est-ce que j’ai raté ma vie ?

10 octobre 2007 · 21 commentaires

Ce matin, j’ai revu une fille qui fréquentait la même école secondaire que moi. À l’époque, même si nous avions quelques cours en commun, je lui parlais peu. Par snobisme ? Pas du tout. Elle avait ses amis et j’avais les miens. Fin de l’histoire.

Quand nos regards se sont croisés, on s’est tout de suite reconnues. Étrangement, malgré le fait qu’on ne s’était pas vues depuis plus de 10 ans, le contact semblait plus chaleureux en ce matin gris que ce qu’il a pu être pendant nos 5 années du secondaire.

Je l’ai détaillé discrètement de la tête aux pieds. Sa tenue ne ment pas : elle occupe probablement un poste important. Ses vêtements sont chics et le cuir de sa mallette respire la qualité et les gros sous.

Ses propos me confirment ma première impression : elle est c.a. dans une grosse firme comptable très réputée. Son sourire ne laisse planer aucun doute : elle a réussi dans la vie et elle en est fière.

Elle me pose alors la question fatidique :

- Toi, que fais-tu dans la vie ?

Lorsque ma route croise celle de quelqu’un de mon passé, je ressens toujours un certain malaise quand les conversations tournent autour de notre vie actuelle, ce qui arrive immanquablement à chaque fois. Pourquoi ce sentiment ? Parce que j’ai l’impression d’avoir une vie si morne, ordinaire au cube. C’est encore pire lorsque je me compare à une universitaire émérite.

Je pourrais mentir, me créer une vie rêvée mais les mensonges ce n’est pas ma tasse de thé.

- J’ai aussi étudié en comptabilité mais au niveau du secondaire professionnel, j’ai donc un D.E.P. J’ai travaillé quelques années dans ce domaine mais je trouvais les tâches trop routinières, j’ai donc opté pour les ventes et le service à la clientèle.

Je ne saurais dire si son sourire accompagné d’un “intéressant” étaient vraiment sincères. Sans qu’elle soit à blâmer, je me suis sentie comme une moins que rien.

Je n’ai pas honte de ce que je fais et je dois même avouer que je suis dans mon élément. Même si parfois certains clients me font suer avec leurs caprices et leurs attitudes, je suis capable de ne rien laisser paraître. Je garde le sourire et je respire profondément.

Par contre, quand je repense à ce que je voulais faire “plus tard” j’envisageais plutôt de devenir infirmière ou psycho-éducatrice.

Dans mon emploi, je ne sauve pas des vies comme si je travaillais en milieu hospitalier. Au lieu d’écouter des jeunes en difficultés me confier leurs divers problèmes ( violence, drogue, taxage etc ) et tenter de trouver des solutions, j’écoute plutôt des clients qui se plaignent des prix élevés ou des délais de livraison trop long. Je tente de leur offrir un miracle sur un plateau d’argent avec bien souvent comme seule récompense un merci dit sur le bout des lèvres, presque arraché de force.

Même si ce que je fais est utile ( quelle compagnie pourrait opérer sans département de service à la clientèle ) je ne suis pas certaine d’avoir fait une différence à la fin de la journée.

En lisant ce texte, certains d’entre vous penserez peut-être : “pourquoi n’as-tu pas fait tes études en soins infirmiers où en psycho-éducation ? Qu’est-ce qui t’en empêchait ?”

À vrai dire, rien du tout. À part ma petite personne qui a connu les joies de l’argent bien jeune, grâce à un emploi à temps partiel. Quand le temps est venu de choisir mon métier, j’ai opté pour le secondaire professionnel, qui me permettait de suivre une formation rapide, 10 mois, qui m’ouvrirait les portes du marché du travail tout aussi rapidement.  Soit dit en passant, je ne porte aucun jugement vis-à-vis ceux qui ont opté pour ce niveau d’études.  On y trouve d’excellentes formations qui mènent à des emplois très intéressants.  Donc au diable les beaux rêves de changer / sauver le monde. Mon compte de banque réclamait sa part et n’était nullement patient.

Je pense alors à ma cousine, Chantal, qui à l’âge de 30 ans, a tout plaqué pour réaliser son rêve de jeunesse : devenir psychologue.

Elle savait que son cheminement scolaire lui prendrait 10 ans, du D.E.C. en sciences humaines jusqu’à la maîtrise. Elle a du faire de nombreux sacrifices mais elle était déterminée à réussir coûte que coûte.

13 ans plus tard, elle a son diplôme en poche depuis 3 ans, travaille dans son domaine et n’a aucun regret.

Je l’admire et bien souvent je voudrais l’imiter. Aujourd’hui est une de ces journées.

Catégories : Quotidien