On dit souvent que le hasard fait bien les choses. Ce matin, si le hasard avait eu une forme humaine et qu’il s’était retrouvé devant moi, je lui aurais sérieusement montré de quel bois je me chauffe. Voici pourquoi :
Métro Berri-UQAM + ou – 6h45. Le train entre en gare. Alors qu’il s’immobilise, je me retrouve entre deux choix de portes pour y entrer. Ma première idée est d’aller vers le wagon situé à ma gauche mais pour une raison que je m’explique mal, j’opte pour le wagon de droite.
J’entre et je repère un siège libre. À peine assise je lève les yeux et qui vois-je ? Mon ex. Celui-là même qui aurait pu être le père de Virginie, qui buvait comme un trou et qui me confondait un peu trop souvent avec un punching bag.
Mon premier réflexe fut de penser que j’étais sûrement en plein cauchemar. À mon plus grand malheur, je ne me suis pas réveillée.
Lorsque nos regards se sont croisés, un frisson m’a parcouru. Il m’avait reconnu.
Il m’a souri et m’a envoyé la main. J’ai répondu très timidement à son sourire et je me suis plongée dans mon sudoku. Jamais je n’avais contemplé ma grille avec autant d’attention. Je souhaitais de tout mon coeur qu’il ne s’approche pas pour débuter une banale conversation, comme si de rien n’était.
Aux dernières nouvelles que j’avais eu de lui, il travaillait près du métro Champ-de-Mars. Si j’étais le moindrement chanceuse, il débarquerait à cette station et je pourrais continuer mon trajet en paix.
Il est effectivement descendu à cette station et alors que je le voyais prendre le chemin des escaliers, des larmes de rage me sont montées aux yeux. J’ai repensé à tout ce que j’avais vécu avec lui : la violence, l’alcool en quantité industrielle, les problèmes financiers qu’il m’a causé. Très vite, ces mauvais souvenirs ont été éclipsés par le doux visage d’André. Mon dieu que tu m’as manqué à ce moment là. J’aurais tellement voulu que tu me serres dans tes bras et que tu me dises que tout irait bien.
En y repensant bien, j’étais probablement “du” pour rencontrer mon ex. Si je me suis retrouvée au métro Berri-UQAM ce matin, c’est que j’ai dormi sur la rive-sud, chez André. Si j’avais dormi chez moi comme prévu, j’aurais pris le métro à Côte-Vertu et je serais descendu à Du Collège. On ne se serait jamais croisés et je ne serais pas en train d’écrire ce billet sur mon lieu de travail et entre deux pleurs.



