Billet Urbain

La fête des pères

18 juin 2007 · 8 commentaires

C’est aujourd’hui la fête des pères. Beaucoup de gens célèbrent cet événement en organisant un souper de famille ou en allant manger au resto. Peu importe ce que l’on fait, cette journée est soulignée dans la plupart des familles que je connais. Mais pas dans la mienne ! Mes parents sont séparés depuis presque 20 ans et je fréquente très peu mon père. On se voit environ 3 fois par année : à nos anniversaires respectifs ( lui au mois de juin et moi en septembre ) ainsi qu’à Noël. On se téléphone très peu ; d’ailleurs il m’a récemment dit qu’à son âge ( 61 ans ) ce n’était plus à lui d’appeler. On ne m’avait jamais dit qu’il y avait un âge limite pour se servir d’un téléphone. Mon beau-père n’est probablement pas au courant de cette « loi » car à 90 ans il ne peut pas vivre sans cet appareil. La prochaine fois que je le verrai je lui en ferai part, pour son bien.

Je ressens un certain malaise lors des soupers de famille chez mon père et sa conjointe. Je sais qu’il juge mes kilos en trop et le fait que mon amoureux soit à moitié haïtien ne lui plaît sûrement pas, quoi qu’il en dise.

Il me donne souvent l’impression d’être tellement inférieure aux enfants de sa conjointe : eux ont des maisons, eux ont des enfants. Suis-je vraiment une tarée ou une moins que rien parce que j’habite en appartement et que je n’ai pas de progéniture ? À ses yeux il semble que oui.

Comme vous l’aurez sans doute deviné, j’ai eu ce qu’on appelle un père absent. Il a compensé avec des cadeaux et de l’argent pour ses nombreuses absences. Connaissez-vous beaucoup de petite fille de 11 ans qui portent des bottes d’hiver payées 300.00 $ chez Browns ? Tout ce que je demandais, je l’avais. J’étais une enfant très gâtée et chiante. Je ne tolérais pas qu’on me dise non. Heureusement, j’ai beaucoup changé.Au fond de moi, il y a la petite fille qui était en adoration devant son père qu’elle considérait comme le meilleur et le plus fort. Cette petite fille là aimerait bien se rapprocher de son père. Mais la jeune femme que je suis devenue n’est jamais bien loin pour lui rappeler cruellement que ce n’est pas possible. Se rapprocher demande du temps, de l’implication et ce sont deux choses dont mon père semble bien incapable.Malgré l’heure tardive, je ne lui ai pas encore téléphoné pour cette journée spéciale. Que pourrais-je lui dire ? Les mots ne me viennent pas. C’est un peu comme lorsque je dois lui acheter une carte de souhaits. Je passe un temps fou devant le présentoir car aucune ne correspond vraiment à ma réalité.

J’ai souvent demandé à ma mère si elle avait eu l’impression de forcer mon père lorsqu’ils ont convenus de fonder une famille. Elle me répond toujours par la négative en affirmant que c’était une décision commune. Connaissant ma mère, elle ne dirait pas ça dans le seul but de me ménager. Si elle le dit c’est parce que c’est vrai.

Il paraît que mon père s’est beaucoup occupé de moi lorsque j’étais bébé. Jusqu’à l’âge de 2 ans, il faisait sa part : il changeait mes couches, me donnait le biberon, s’amusait avec moi. Que s’est-il passé pour que cet intérêt cesse du jour au lendemain ? Difficile à dire mais peut-être que j’étais devenue moins intéressante avec le temps. L’aspect de nouveauté avait disparu et il était temps de passer à autre chose ?

Ma mère me dit souvent que je ressemble beaucoup à mon père. Ça me fait peur surtout lorsque je pense à la maternité. Je crains que ses lacunes parentales déteignent sur moi. Si un jour j’ai des enfants, est-ce que je m’en occuperai pour toujours où vais-je les délaisser après un certain temps comme il a fait ? Vais-je compenser pour mes absences en leur achetant toutes sortes de bébelles ?

Pour l’instant, les enfants ne font pas partis de mes projets dans un futur rapproché. J’en ai parlé à quelques reprises avec André ( mon amoureux ) et il connaît ma position sur la question. Je sais qu’il aimerait bien fonder une famille mais nous ne sommes pas pressés, nous avons tout notre temps. Si ça se concrétise tant mieux, sinon tant pis.

Parlant d’André, il devrait arriver d’une minute à l’autre. Il est allé chez sa sœur Julie qui recevait la famille pour la fête des pères. J’ai préféré rester à la maison. Je ne fête pas mon père alors je me vois mal fêter le père des autres.

Catégories : Quelle Famille · Quotidien